29/10/2006

Berceuse

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Endormons nous petit chat noir
Voici que j´ai mis l´eteignoir
Sur la chandelle.
 
Tu vas penser a des oiseaux
Sous bois, a de felins museaux
Moi rever d´elle.
 
Nous n´avons pas pris de cafe
Et, dans notre lit bien chauffe
(Qui veille pleure)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J´oublierai l´heure.
 
Sous tes yeux fins, apesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttiere.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a dechire
Ma vie entiere.
                      Charles Cros

 

07:14 Écrit par nounou chats dans Poemes du vendredi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/10/2006

Le petit chat

a-ninek9

C´est un petit chat noir, effronte comme un page

Je le laisse jouer sur ma table, souvent.

Quelquefois il s´assied sans faire de tapage

On dirait un joli presse-papier vivant.

 

Rien de lui, pas un poil de sa toison ne bouge

Longtemps, il reste la, noir sur un feuillet blanc

A ces matous, tirant leur langue de drap rouge

Qu´on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

 

Quand il s´amuse, il est extremement comique

Pataud et gracieux, tel un ourson drolet

Souvent je m´accroupis pour suivre sa mimique

Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

 

Tout d´abord de son nez delicat il le flaire

Le frole ; puis, a coups de langue tres petits

Il le lampe ; et des lors il est a son affaire

Et l´on entend, pendant qu´il boit, un clapotis.

 

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause

Et ne releve enfin son joli museau plat

Que lorsqu´il a passe sa langue reche et rose

Partout, bien proprement debarbouille le plat.

 

Alors, il se pourleche un moment les moustaches

Avec l´air etonne d´avoir deja fini

Et, comme il s´apercoit qu´il s´est fait quelques taches

Il relustre avec soin son pelage terni.

 

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates

Il les ferme a-demi, parfois, en reniflant

Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes

Avec des airs de tigre etendu sur le flanc.

 

Mais le voila qui sort de cette nonchalance

Et faisant le gros dos, il a l´air d´un manchon

Alors pour l´intriguer un peu, je lui balance

Au bout d´une ficelle invisible un bouchon

 

Il fuit en galopant et la mine effrayee

Puis revient au bouchon, le regarde, et d´abord

Tient suspendue en l´air sa patte repliee

Puis l´abat, et saisit le bouchon et le mord.

 

Je tire la ficelle, alors, sans qu´il le voie

Et le bouchon s´eloigne, et le chat noir le suit

Faisant des ronds avec sa patte qu´il envoie

Puis saute de cote, puis revient, puis refuit.

 

Mais des que je lui dis : "Il faut que je travaille"

Venez vous asseoir la, sans faire le mechant  !

Il s´assied... Et j´entends, pendant que j´ecrivaille,

Le petit bruit mouille qu´il fait en se lechant.

                                                         Edmond Rostand

07:13 Écrit par nounou chats dans Poemes du vendredi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

13/10/2006

Les chats

po2

Les chats

Les amoureux fervent et les savants austeres
Aiment egalement, dans leur mure saison
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison
Qui comme eux sont frileux et comme eux sedentaires
 
Amis de la science et de la volupte
Ils cherchent le silence et l´horreur des tenebres
L´Erebe les eut pris pour ses courriers funebres
S´ils pouvaient au sevrage incliner leur fierte
 
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allonges au fond des solitudes
Qui semblent s´endormir dans un reve sans fin
 
Leurs reins feconds sont pleins d´etincelles magiques
Et des parcelles d´or, ainsi qu´un sable fin
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques
                                Charles Baudelaire. Les fleurs du mal
 

07:12 Écrit par nounou chats dans Poemes du vendredi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |